Jeter un dessin

On dit qu’il ne faut jamais jeter un dessin sans avoir pris la peine de regarder pourquoi c’est si impératif.

Est-ce justifié ?

L’ai-je bien regardé ?

A méditer…

L’autre soir, un mercredi, après déjà plusieurs heures de travail sur le joli bouddha d’or et de bronze, un vent de folie est passé et a menacé de tout emporter.

 

Jeter un dessin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A force d’observer les yeux piquent, n’y voient plus. On est resté collé au chevalet sans mettre de distance entre sa concentration et le résultat espéré…

 

Jeter un dessin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le beau Bouddha est là, arrogant de délicates proportions, le beau bronze altier, un sourire presque moqueur, un regard narquois on en jurerait…

 

Jeter un dessin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On l’aimait bien pourtant, au début. Il semblait si plein de sagesse, hiératique, respecté, et voilà qu’on lui affuble à présent toutes sortes de sobriquets, qu’on lui prête des intentions…

Le dessin, la peinture, parfois, ça énerve. Mais ce n’est pas sa faute. Il fait ce qu’il peut.

Après fort barbouillis de noir, découragement, rage contenue, il finit à la poubelle ! C’était à parier !

On a terminé comme ça, la lumière s’est éteinte. Albert, un frelon qui boit de la bière, a commencé sa longue nuit à côté d’une poubelle pleine de trésors perdus.

Pendant que tout ce beau monde s’endormait pour un repos bien mérité, le lutin facétieux qui traîne toujours par là et fourre son nez partout s’est faufilé sous la porte de l’atelier, à profité de la somptueuse nuit pour sortir le vieux dessin tout chiffonné de son ultime demeure (croyait-il) et l’a collé sur la faïence de l’évier, l’aspergeant d’eau, le lavant avec la patience de l’archéologue qui brosse un os avec un pinceau pendant des heures…

Puis il a filé.

Au matin surprise !

 

Jeter un dessin

 

 

 

 

 

 

Quelque chose entre les fresques de Birmanie et les vestiges de Crête était apparu. Beau comme jamais dans son papier mâché, éternel sur la voie du milieu, débarrassé de sa quête affective et son besoin de notre  reconnaissance, tout rentré à l’intérieur, effacé et d’autant plus présent, revenu d’entre les décombres de la volonté personnelle, simplifié, désarmant, désarmé, Bouddha était plus inspirant que jamais.

 

Jeter un dessin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lire : Les cent visages du Boudha.

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